Stereoscopie

stereoscopie

Sur le plan technique :

Essayons d’être original. J’éviterai de vous assommer à coup de schémas multiples et autres définitions scientifiques sans fin. Le plus simple étant d’essayer de vous mettre en situation.

Premièrement, afin de recentrer la définition, plutôt que parler simplement de 3D, terme plutôt vaste, nous parlerons de stéréoscopie. Et la je vous vois déjà tilter avec des yeux scintillants. Vous pensez au mot stéréophonie ? Vous êtes sur la bonne voie. Car effectivement, la stéréophonie est tout à fait comparable et plus facile d’approche. Et si vous deviez vous faire vous même une définition de la stéréophonie, vous formuleriez quelque chose comme : « deux enceintes, un guitariste à gauche et le chanteur à droite », ou encore  » dans un film d’action, un bruit d’hélicoptère qui passe de gauche à droite ». Finalement, vous êtes témoin et acteur de la stéréo au quotidien, quand on vous appelle de loin et que vous vous tournez vers la personne.

La stéréophonie, c’est donc bien le principe de se situer dans un espace grâce au son. En fonction de l’intensité gauche ou droite, on en déduit l’origine mais également notre position par rapport à la source.

La stéréoscopie repose sur le même schéma de rapport à l’espace. Mais son fonctionnement diffère, car il ne sera pas question d’intensité sonore.

Voici un exemple concret :

Imaginez vous placé face à une maison. De votre point de vue, il est difficile d’en apprécier la profondeur. Si un ami, quant à lui placé sur le coté, aura une bonne idée de la profondeur, il sera à l’inverse peu renseigné sur la largeur. Au final, à vous deux, vous rassemblerez assez d’informations pour vous faire une idée de l’ensemble des proportions du bâtiment.

A moindre échelle, vos deux yeux, heureusement placés à deux endroits différents, fonctionnent sur le même principe « stéréo », ou deux sources sont sollicitées pour fournir une seule et même information d’une plus grande précision.

Chaque œil voit deux images différentes composées en une seule et même information par le cerveau.

La notion de profondeur vous permet de vous immerger totalement dans le monde réel par appréciation de la perspective. Réciproquement, la création artificielle de cette perspective vous donnera l’impression d’évoluer dans un monde réel. Nous tenons notre définition. C’est aussi simple que cela !

Pour créer cette immersion, il faut donc montrer à chaque œil deux images d’un même plan avec une légère différence de perspective ( 7 cm est la distance moyenne entre deux yeux humains). Les techniques permettant cela sont nombreuses et nous en retiendrons trois des plus couramment utilisées.

L’anaglyphe : Cette technique se reconnait facilement par le « décalage » rouge/bleu et nécessite des lunettes qui filtreront les couleurs, afin de distribuer chaque image a l’œil correspondant. Elle est très souvent utilisée car c’est la seule qui permet une utilisation autre que vidéo ( carte postale, photo, emballage etc…cf image d’en-tête de cet article)

La lumière polarisée : Simplifions la définition. Imaginez une lumière polarisée A incapable de traverser un filtre B et une image polarisée B incapable de traverser un filtre A. On rejoins le principe de l’anaglyphe, mais on conserve les couleurs d’origine. Une fois encore, des lunettes répartissent les images gauche et droite. La lumière polarisée est très souvent utilisée sur des projecteurs, facilement équipés de filtre polarisant. Beaucoup de salles du Futuroscope de Poitiers fonctionnent ainsi.

Les lunettes LCD : Les images gauches et droites alternent par scintillement, par exemple les images paires pour la vue de gauche et les impaires pour la vue de droite. Vos lunettes à cristaux liquides sont synchronisées à ce scintillement et obstruent alternativement l’œil gauche puis l’œil droit. Cette dernière technique est celle qui a été adoptée par le plus grand nombre de salles de cinéma.

Conséquences à la prise de vue :

Si l’on veut aller plus loin dans la difficulté, on peut tenter de se mettre à la place du réalisateur en se demandant ce que tout cela implique en terme de tournage. Et vous vous rendrez vite compte que tout cela n’est pas une mince affaire.

Tout d’abord, la caméra. Elle devra prendre deux images simultanément, soit deux fois plus qu’auparavant. La solution de deux caméras est assez évidente. Mais il vous sera alors difficile de placer deux caméras cote à cote en respectant l’écart de 7 cm de vos yeux. Un montage caméra dessus et caméra dessous a été créé spécifiquement pour le film Avatar. Vos deux caméras devront impérativement être calibrée et synchronisée en terme de zoom, focus, exposition, cadence et profondeur de champ. Elle devront également reproduire le principe de convergence. De la même manière que vos yeux convergent vers l’objet observé, les caméras devront reproduire cet effet pour concentrer l’attention sur un élément précis de l’image. Si vous souhaitez produite une version 3D et une version 2D de votre film, comment faire ? Choisir l’image de gauche, l’image de droite ? Opter pour une caméra qui filmera en 3D et en 2D ?

Une fois le tournage terminé, toute la suite de la chaîne de production s’en trouvera influencée. Le montage, bien que identique pour un flux gauche ou droite, devra tenir compte de la stéréoscopie. Quant aux effets spéciaux, la quantité d’images créées par ordinateur est tout simplement doublée.

Toutes ces étapes s’ajoutent à un processus déjà long et pointu. Elles ne sont pas à la portée de toutes les productions et la plupart des réalisateurs qui y font appels ont bien évidemment d’autres motivation que l’aspect commercial. Le comment nous amène donc au pourquoi.

Sur le plan artistique :

La stéréoscopie en soit n’est pas une nouveauté. Beaucoup de salles dédiées la propose depuis de nombreuses années. L’innovation vient de l’adaptation aux longs métrages. Car s’il est acceptable d’en mettre plein la vue pour une séquence de quelques minutes, il faudra apporter d’autres arguments pour tenir un public pendant plusieurs heures. Les effets chocs, tels qu’une créature bondissante ou une caméra embarquée, sont des acquis incontournables et attendus. Mais lorsque la 3D prends son temps, calmement, en vous promenant tranquillement dans un forêt, passant sous une fougère, l’effet est adopté et oublié. L’immersion est en place.

Voilà le sens même de la stéréoscopie. Elle n’invente rien, elle ajoute un niveau très élevé de réalisme à une immersion déjà existante. En renforçant la forme, elle sert d’autant plus le fond. La stéréoscopie est finalement un outil comme un autre. Sa qualité ne se définie pas par ce qu’elle est, mais par ce qu’on en fait, l’approche de l’artiste, en l’occurrence le réalisateur.

Et le public dans tout ça ? Et bien il a le choix. Car la stéréoscopie reste une alternative et la plupart des films sont proposés en 2D et en 3D. Parce qu’elle fait appel à nos propres sens, notre appréciation est fortement influencée par notre vision. Alors que certaines visions sont réceptives, d’autres le sont beaucoup moins et il n’est pas impossible d’hériter d’un bon mal de crâne. Si l’immersion elle même a été voulue aboutie, on ne peut s’étonner aussi de trouver des gens malades et qui par conséquent ne seront pas friands de sensations fortes. La question n’est donc pas on aime ou on aime pas, mais cela fonctionne ou ne fonctionne pas.

La stéréoscopie est une grande étape dans l’histoire de la production cinématographique. Elle est une option, autant pour le réalisateur que pour le public. Elle est un plus pour ceux qui en veulent, mais elle n’est pas un moins pour ceux qui s’en passe. Elle fera de nos écrans de cinéma des portes ouvertes vers des mondes inconnus et passionnants, qu’il nous sera libre de franchir ou non.